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La périostite, ou quand votre tibia vous demande de ralentir

Ce que votre kiné veut que vous sachiez

Vous reprenez la course pour votre santé, puis une douleur apparaît au bas de la jambe. Elle s’efface après l’effort, mais revient au même moment. Ce signal discret peut évoquer une périostite, une blessure de fatigue pas toujours bien connue en dehors des cabinets de soins.

Un tibia soumis à des contraintes répétées

Ce que l’on appelle couramment « périostite tibiale » correspond le plus souvent au syndrome de stress tibial médial. Il provoque une douleur le long de la face interne du tibia lors d’activités répétées comme la course ou les sauts. Longtemps considéré comme une simple inflammation du périoste, il est aujourd’hui plutôt décrit comme une blessure liée à une surcharge mécanique répétée du tibia et des tissus qui l’entourent.

Les mots pour comprendre
Le terme « périostite » reste très utilisé, même si les professionnels parlent aujourd’hui plutôt de syndrome de stress tibial médial.
Le périoste est une membrane très sensible qui recouvre une grande partie de l’os et participe notamment à sa réparation et à l’ancrage de certains tissus.

Ce n’est pas seulement une histoire de chocs

À chaque foulée ou réception de saut, le tibia doit absorber et redistribuer des contraintes importantes. Les muscles du mollet participent également à cette gestion des forces. Lorsque ces sollicitations sont répétées trop souvent ou augmentent trop rapidement par rapport à ce que le corps est habitué à supporter, le tibia peut ne plus avoir suffisamment de temps pour s’adapter. Stéphane Fizaine, kinésithérapeute à Louvain-la-Neuve habitué aux blessures sportives, décrit ainsi une blessure de surcharge liée à l’accumulation de contraintes répétées.

Les mouvements les plus concernés
La course et les activités comportant de nombreux sauts ou réceptions exposent particulièrement le tibia à des contraintes répétées.
Le risque augmente surtout lorsque la quantité ou l’intensité de ces efforts progresse plus rapidement que la capacité du corps à s’y adapter.
D’autres éléments individuels, comme l’historique de blessures ou certaines caractéristiques du pied et de la biomécanique, peuvent également influencer la tolérance à ces contraintes.

Une douleur qui suit votre effort

La douleur apparaît généralement le long du bord interne du tibia, souvent dans sa moitié ou son tiers inférieur. Elle revient après une durée précise, une certaine distance ou une série de sauts. Au début, elle apparaît pendant l’activité, puis disparaît lorsque l’effort s’arrête. Ce scénario répétitif peut aider à reconnaître le problème. Une douleur osseuse très ponctuelle, qui persiste à la marche ou au repos, doit davantage inciter à consulter afin d’écarter notamment une fracture de stress.

Vos repères pendant l’activité
Notez après combien de temps, quelle distance ou combien de sauts la douleur commence.
Observez si la même activité reproduit toujours la gêne au même endroit.
Une douleur étendue sur plusieurs centimètres est typique de la périostite. 

Une gêne répétée mérite votre attention

Au début, les symptômes peuvent être légers et uniquement présents pendant ou après certaines activités. Comme ils disparaissent souvent au repos, il est tentant de les banaliser. Mais lorsqu’une même douleur revient séance après séance, cela peut indiquer que la charge actuelle dépasse momentanément ce que la jambe est capable de tolérer.

Des signaux à ne pas minimiser
Ne considérez pas automatiquement une crampe répétée comme un détail sans importance.
Soyez attentif à toute gêne répétée, même passagère, car ces signes légers peuvent précéder une douleur importante.

Trop, trop vite, le corps ne suit pas

Reprendre une activité physique reste une excellente décision pour la santé, notamment face à la sédentarité. Le corps doit toutefois s’adapter au stress mécanique, c’est-à-dire aux contraintes imposées par les mouvements. Sinon, il accumule raideur et fatigue, tandis qu’élongations, déchirures et autres blessures de fatigue deviennent plus probables. Les périostites ont ainsi fortement augmenté pendant les périodes de confinement et de déconfinement.

Une progression que le corps peut suivre
Le télétravail et les fermetures sportives ont favorisé une pratique parfois inadaptée de la course ou de la musculation à domicile.
Certaines personnes sont passées d’une ou deux séances hebdomadaires à une pratique quotidienne, sans préparation suffisante.
Augmentez progressivement fréquence, durée, distance ou sauts, sans nécessairement augmenter toutes ces variables en même temps.

Le terrain et le matériel peuvent compter

La surface peut modifier les contraintes ressenties pendant la course. Les surfaces plus souples diminuent certaines mesures d’impact au niveau du tibia, même si le corps adapte aussi naturellement sa façon de courir selon le terrain. Varier les surfaces peut donc être une manière parmi d’autres de moduler temporairement la charge.

Un environnement moins exigeant
Évitez de concentrer toutes vos sorties sur du macadam très dur lorsque vous pouvez varier.
Alternez, lorsque cela reste possible, avec un terrain plus souple, comme une piste finlandaise.
Gardez aussi à l’esprit que le matériel participe à l’ensemble des contraintes supportées par votre corps.

Adapter l’activité en cause, puis reconstruire

Repérée à temps, une périostite se traite généralement bien. La première étape consiste surtout à réduire temporairement les activités qui reproduisent fortement les symptômes, sans nécessairement arrêter toute activité physique. La natation, le vélo ou d’autres exercices mieux tolérés peuvent permettre de maintenir sa condition.

Des aides pour mieux tolérer l’activité
Un taping adapté peut parfois diminuer les symptomes.
Des semelles peuvent modifier la façon dont les contraintes sont réparties et rendre certaines activités plus confortables.
Ces aides ne remplacent pas une adaptation de l’entraînement et une reprise progressive.

Le kinésithérapeute cherche ensuite à comprendre pourquoi la charge est devenue trop importante : augmentation récente de l’entraînement, récupération insuffisante, capacités musculaires, technique, chaussures ou autres facteurs individuels. Le travail vise ensuite à augmenter progressivement la capacité de la jambe à supporter à nouveau la course, les sauts ou l’activité sportive concernée.

Les étapes d’une récupération utile
Suspendez l’activité qui déclenche la douleur au lieu de répéter exactement la même contrainte.
Remplacez-la, si nécessaire, par une activité à faible impact, comme la natation ou parfois le vélo.
Ce travail corrige les compensations, améliore la gestion de la charge et prépare une reprise progressive, mieux tolérée.

Ralentir un moment n’efface pas votre élan sportif : cela peut vous aider à le rendre durable et plus serein.

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